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 27 Avril 2007
Tribune La Croix du Nord avril 2007

Ségolène Royal peut gagner le 6 mai.

Ce premier tour de l’élection présidentielle est porteur de trois bonnes nouvelles.

La vitalité de la démocratie tout d’abord. Les Français se sont engagés massivement dans ce scrutin. Le taux de participation de 85% rejoint celui qui avait prévalu en 1965 pour la première élection au suffrage universel direct du président de la République française. Cette mobilisation civique résulte manifestement du renouvellement de l’offre politique. Si la participation reste aussi élevée, la France du 6 mai, quel que soit le résultat du deuxième tour, sera vraiment celle que les citoyens auront voulue.

La clarté du choix ensuite. Ce sont deux projets de société très différents qui vont s’affronter jusqu’au second tour. Héritier de Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy ne saurait que poursuivre en l’aggravant la politique très dure qui a été conduite depuis cinq ans, car il en a été l’un des principaux artisans. Il est donc comptable des mauvais résultats du quinquennat en termes de chômage, de pauvreté, de délocalisations. Ségolène Royal propose au contraire de créer des emplois, notamment pour les jeunes, et de relancer le pouvoir d’achat. Elle s’engage aussi à lutter contre les insécurités et les précarités, à privilégier le travail sur le capital, et à préférer les valeurs humaines aux valeurs boursières. Personne ne peut dire que la droite et la gauche, c’est pareil, même si les lignes se sont déplacées à l’intérieur de ce clivage.

Le score de la candidate socialiste enfin. Le PS réalise son meilleur résultat depuis 1981, grâce à une campagne très novatrice fondée notamment sur les débats participatifs. Les candidats de la gauche non socialiste se sont tous prononcés en faveur de Ségolène Royal dès dimanche soir. Avec le soutien de la gauche, elle peut donc désormais rassembler les Français autour de son pacte républicain, et l’emporter le 6 mai prochain.

La victoire de Ségolène Royal est en effet possible. Elle l’est parce que les Français vont avoir à choisir entre l’incohérence et la cohérence.

L’incohérence est du côté de Nicolas Sarkozy. Après avoir chassé sans complexe sur les terres du Front national, il se lance maintenant dans un numéro d’équilibriste, affichant sa pseudo-compatibilité avec les idées centristes pourtant fort opposées à ses thèses, et assurant de son ouverture d’esprit alors qu’il a prouvé son sectarisme. Dans le même temps, ses partisans font pression pour débaucher les élus de l’UDF, après les avoir combattus et méprisés. Il sera difficile au candidat de l’UMP de convaincre de la sincérité de sa posture clientéliste et opportuniste.

Ségolène Royal, au contraire, garde sa cohérence. Son pacte présidentiel propose aux Français une démocratie rénovée dans ses institutions et dans ses pratiques, une société de dialogue et de respect, et de nouvelles protections sociales qu’à la différence de son rival, elle a défendues vigoureusement tout au long de la campagne du premier tour.

La victoire de Ségolène Royal est possible aussi parce qu’un président de la République doit rassembler les Français et non les diviser, être le garant des valeurs républicaines et non une menace pour les libertés publiques, engager les chantiers de l’avenir au lieu de poursuivre une politique qui a échoué.

Ces exigences de renouveau et de changement, Ségolène Royal les incarne bien davantage que son adversaire.

Les décomptes bruts du premier tour, sans doute, sont à l’avantage de la droite. Mais un second tour, c’est bien plus que de l’arithmétique, c’est d’abord et surtout de la politique. Cela tombe bien, les Français en ont retrouvé le goût !